Traité d'hypocondrie
Dans cette nouvelle publication, je revisite le genre « traité de médecine» sur un mode fantasmé et ludique.S'y entremêlent, d'une manière décalée, locutions courantes, archives photographiques et restes d'atelier dans une rencontre détonnante avec la représentation d'un sujet « dans tous ses états ».
©Nicole Jolicoeur
Conception et Photographies
Nicole Jolicoeur
Dimensions 30,5cm x 30,5cm
Tiré à 200 exemplaires sur Euroart Plus Silk
Couverture souple, reliure allemande
74 pages, 35 photographies couleur
EN LIBRAIRIE :
-Un livre à soi 1575, Av.Laurier Est, Montréal 514-523-3343
-Coop UQAM – Librairie Jasmin
405, rue Sainte-Catherine Est, local J-M205
Montréal (Québec) H2L 2C4
coopuqam.com
-Occurence, Espace d’art et d’essai contemporain
5455, rue De Gaspé • espace 108 Montréal, Québec H2T 3B3
(514) 907-4535
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Traité d’hypocondrie
Allocution prononcée lors du lancement du 15 janvier 2026
Contrairement aux usages du lancement, il n’y aura pas ce soir de lecture du Traité d’hypocondrie, car celui-ci s’expérimente davantage qu’il ne se lit.
Face à l’impossibilité d’une simple lecture, j’ai pensé plutôt vous suggérer des voies d’accès à cet objet qui condense à mes yeux la pratique artistique que j’ai développée depuis 1980.
À cet effet, je vais vous présenter sommairement les principaux éléments dont la dynamique aura contribué à l’émergence de cette condensation imprévue.
Premièrement, comme à mes tous débuts, il y a mon intérêt pour le livre d’artiste qui, dans sa forme même, invite au déploiement de la temporalité et de la musicalité d’un propos. Qui permet aussi, de manière différente, d’impliquer plus intimement le public déambulateur de la galerie, en le positionnant davantage au centre de l’expérimentation de l’œuvre, sans oublier la possibilité d’emporter avec soi ce petit dispositif démocratique afin d’y revenir et d’en éprouver les effets quand bon nous semble, où que ce soit.
Par la suite, l’initiation à un logiciel adapté à la création de livres m’a offert la possibilité d’une mise en forme souple et distanciée. L’éloignement de mes propres images leur conférant un statut d’archives, je pouvais enfin, avec étonnement, les appréhender comme autres.
Comme vous le savez peut-être, la représentation de l’hystérie au XIXe siècle était déjà au cœur de ma pratique durant les années 80 et 90.
(Voir Traité de la perfection et Aura Hysterica ).
Le rapprochement entre hypocondrie et hystérie s’est effectué dans mon esprit à l’écoute d’une émission radiophonique où il était fait mention d’un Traité des passions hypocondriaques et hystériques, de l’écrivain britannique Bernard Mandeville, publié au XVIIIe siècle.
Ce jumelage entre hypocondrie et hystérie, deux notions où la subjectivité se manifeste comme étant particulièrement volatile, fut un déclencheur. Par pure appropriation, le titre de mon futur ouvrage Traité d’hypocondrie était désormais établi et le cadre conceptuel s’est dès lors mis en place.
Par ailleurs, j’avais déjà entre les mains un corpus photographique produit au mois d’août 1999, un ensemble d’images inquiétantes témoignant de gestes et d’attitudes performés devant un appareil Polaroid et qui n’avaient été à ce jour que partiellement présentées.
En complément à ces images et en alternance avec elles, j’ai intégré des photographies de petits objets façonnés, des restes d’atelier, vaguement évocateurs et jamais montrées publiquement.
Mais comment convoquer cette notion d’hypocondrie? Comment ces deux séries d’images étrangères l’une à l’autre pouvaient-elles être associées pour convier cette présence sans pour autant tenter de l’illustrer?
Ma pratique étant depuis longtemps ancrée dans une réflexion sur les relations des mots aux images, il me fallait trouver quels seraient les mots qui catalyseraient ces deux séries d’images. Les locutions courantes se sont progressivement imposées, dynamiques, mais imprécises.
Ces locutions, mises en place de manière à pointer les images, mais sans jamais les cristalliser, agissent comme un fil conducteur, en même temps, je l’espère, qu’elles mettent un frein à la tentation de fixer les images dans la signifiance au profit de l’indéterminé de l’expérience .
Cette expérience, éprouvée dans l’intimité de l’œuvre, vous serez les seuls à en déterminer la nature, à l’écoute de votre propre relation à l’hypocondrie dans ce qu’elle porte d’instabilité et d’étrangeté.
Merci
Nicole Jolicoeur